Agriculteur, un métier de coeur

David Chollet a repris en main la Ferme de la Coudre, à Maracon. Pour ce trentenaire, descendant d’une famille d’agriculteurs, le travail de la terre et l’élevage des vaches laitières n’avaient rien d’une évidence. La passion a pourtant pris le dessus. La ferme est aujourd’hui un lieu chaleureux et ouvert où l’agriculture durable et le bien-être animal sont privilégiés. Rencontre.

Vous venez d’une famille d’agriculteurs. Etait-ce tout naturel de reprendre la ferme familiale ?

Non, ce n’était absolument pas évident. Je crois d’ailleurs que mes parents m’ont sans doute un peu poussé à faire un autre métier. J’ai d’abord choisi de devenir charpentier. J’ai travaillé deux ans dans ce domaine. Et puis, au moment de la construction d’un nouveau bâtiment à la Ferme de la Coudre, j’ai participé au projet au niveau de la charpenterie. C’était dans les années 2000, l’entreprise s’apprêtait prendre un nouvel essor. J’ai été très actif pour développer la ferme à ce moment-là, ce qui m’a motivé à changer de voie. Après une formation agricole de base et une maîtrise fédérale, j’ai sauté le pas.

Vous avez contribué à développer l’entreprise mais vous lui avez aussi donné un nouvel élan vers un modèle qui favorise le respect de l’animal, une agriculture plus durable et locale…

Il y a 20 ans, les éleveurs privilégiaient l’usage des antibiotiques et des produits chimiques. Ma vision des choses était que ces produits sont néfastes, non seulement pour les animaux mais aussi pour notre santé. Il se trouve que mon épouse, Maude, s’y connaît en médecine naturelle, elle m’a beaucoup aidé. En l’espace de 15 ans, nous avons réussi à éliminer 80% des antibiotiques que nous utilisions auparavant. Ça n’a pas été simple, il a fallu prendre des risques et expérimenter. Mais on constate aujourd’hui qu’avec la jeune génération, une nouvelle dynamique se développe, on tend vers un retour aux méthodes anciennes et naturelles.

Vous avez aussi développé plusieurs activités sociales et de services à la ferme. Lesquels ?

Notre activité principale est la production laitière. Nous élevons ici 70 vaches laitières et 70 veaux et génisses. Notre lait est majoritairement destiné à la production du Gruyère AOP mais nous en conservons une petite partie que nous faisons transformer localement par un petit producteur. Vous trouverez notre beurre, nos yoghourts, notre crème, du gruyère ou de la tomme dans la petite épicerie que nous avons ouverte à la ferme. Depuis une année, nous accueillons aussi une quinzaine de chevaux dans notre pension en stabulation libre. Mon épouse a également développé une activité de zoothérapie qui rencontre de plus en plus de succès. Avec des lapins, des chèvres, des lamas, des moutons, des poules et des chiens, notre ferme est peuplée d’une ribambelle de petits animaux auprès desquels Maude accompagne des personnes handicapées ou des gens qui ont besoin de rééducation par exemple. Pour résumer l’esprit qui nous anime dans tout ce que nous faisons ici, je dirais que nous recherchons essentiellement le bien-être animal et la proximité avec la terre.

Votre métier est réputé difficile. Qu’est-ce qui vous motive à vous lever le matin ?

Oui, c’est vrai que c’est difficile de travailler avec des animaux. Vous n’avez pas d’horaires, pas de week-ends. Cela demande une implication forte et permanente d’être confronté au vivant. Ce qui me motive, c’est la question de la production de denrées alimentaires qui permet de nourrir la population. C’est gratifiant de produire quelque chose et de se rendre compte que c’est utile. Pendant le confinement, nous avons vu des gens qui avaient peur d’aller dans les centres commerciaux et notre petit magasin a connu un essor monumental. On a fait beaucoup de livraisons et un réseau d’entraide s’est mis en place dans le village. De nombreuses personnes ont pu prendre conscience du travail que nous réalisons ici, à un niveau très local.

Quel est votre plus grand plaisir dans le métier que vous exercez ?

Sans aucun doute celui de travailler avec les animaux ! Les faire naître, s’en occuper, les faire grandir… Travailler avec le vivant et la nature, réussir ses récoltes et voir que nos animaux vont bien est vraiment quelque chose de très valorisant.

Et les contraintes les plus importantes ?

Sans doute de devoir gérer des imprévus à toute heure du jour ou de la nuit. Par exemple, ce matin à 5h, une vache était en difficulté pour mettre bas. Hier soir, vers 20 heures, c’est un cheval qui avait mal à un oeil. Ce qui est difficile également, c’est de constater que nos métiers sont malheureusement très peu valorisés par rapport à la qualité de notre production 100% suisse qui se plie à des normes nettement supérieures à celles en vigueur dans beaucoup d’autres pays. Tout cela implique que pour continuer, il faut vraiment être passionné par ce que l’on fait.

Ferme de la Coudre – Route de la Coudre, 58, 1613 Maracon

Tel. 079 772 11 75

www.fermedelacoudre.ch

Beau, bon et local

Des produits laitiers, des confitures et du miel, de la viande de boeuf, de la volaille, de la charcuterie, des chocolats, des glaces et des compotes, des jus de fruits, des boissons, du pain, des cosmétiques bios… Dans le petit magasin en self service ouvert tous les jours de 5h à 22h à la Ferme de la Coudre, on trouve tout ce qu’il faut pour combler nos envies de cuisiner. Tous les mardis, sur commande, des paniers de légumes sont livrés sur place par un maraîcher de la région. C’est bon, c’est beau, c’est local. L’assurance de manger sainement et de saison…