La reliure artisanale, un métier à la gloire du papier

En 2011, Tessa Wymann avait 24 ans quand elle a repris une reliure quasi centenaire de Vevey. L’atelier dlignes était né. Entre ses murs remplis d’outils et de machines anciennes, Tessa et son apprentie, Michelle, y cultivent un savoir-faire rare. Pour l’amour du papier, du geste et du bel ouvrage.

Co-fondatrice de l’atelier de reliure dlignes, Tessa Wymann (à gauche) travaille avec Michelle Roux, son apprentie.

 

Il en aura fallu du cran, de l’envie et de la passion pour oser se lancer dans l’aventure. « La reliure, c’est un métier difficile, admet Tessa Wymann, co-fondatrice de dlignes arts graphiques. On le choisit parce que la profession vous attire bien plus que pour les perspectives de travail. » Et pourtant, n’en déplaise à ceux qui pensent que le papier n’a plus son mot à dire, Tessa et son apprentie, Michelle Roux, perpétuent dans leur atelier de Vevey un artisanat bien vivant. Un métier qui repose sur une gestuelle technique, toujours méticuleuse et souvent créative qui permet de donner vie à de magnifiques ouvrages reliés manuellement. « Dans notre atelier, rien n’est automatisé, 80% du livre est fait à la main, précise Tessa. Nous possédons plusieurs machines qui nous aident dans certaines étapes mais elles fonctionnent à la vitesse de notre corps, lentement. Le reste est fait avec des ciseaux, des pinceaux, des couteaux, des plioirs, du fil, des aiguilles et nos mains, évidemment. »

Technique

Il existe une multitude de techniques de reliures qui demandent des étapes de fabrication différentes. Les feuilles de papier sont tout d’abord collées ou cousues avec du fil, un travail qui nécessite entre 40 minutes et 1h30 selon le volume de l’ouvrage. La confection de la couverture dépend des besoins du client. Généralement, une feuille cartonnée de 2 à 3mm d’épaisseur est découpée à la cisaille avant d’être recouverte de diverses matières. Cuirs de chèvre, de vache ou d’agneau, textile, papier, bois, plexi, aluminium… dlignes possède quelque 400 matériaux différents pour fabriquer les couvertures. Une fois la couverture réalisée, la dernière étape consiste à assembler l’ouvrage. Dans un livre classique, les pages de garde font le lien entre le bloc et la couverture. Pour des créations plus contemporaines, il existe une vaste palette de techniques maîtrisées avec « une exactitude quasi obsessionnelle » par les artisanes de l’atelier dlignes qui ne cachent pas leur envie de continuer à expérimenter. « Etre curieux est une nécessité pour faire revivre et évoluer notre métier ! »
www.dlignes.ch

L’une des étapes ultimes consiste à emboîter le bloc du livre dans la couverture.

Tessa procède au rembordage d’une couverture en toile.

Les feuilles de papier sont parfaitement découpées à l’aide d’une cisaille centenaire.

 

La reliure mot à mot

PLIOIR

Cet outil emblématique du relieur est taillé dans un morceau d’os pour devenir une extension de la main pour certaines opérations nécessitant plus de dureté que ce qu’un doigt peut fournir. Il peut également être en métal ou en bois, et plus récemment en teflon.

RELIURE SUISSE

Ce type de reliure présente une couverture qui se déplie entièrement à plat, laissant visible le bloc du livre dont les coutures sont apparentes.

MASSICOT

Souvent confondu avec la cisaille, qui permet de couper de grandes feuilles une par une, le massicot est une machine destinée à couper des blocs entiers de papier grâce à une lame transversale. Il est électrique, hydrauliques ou manuel.

COUTURE À LA JAPONAISE

L’ouvrage est entièrement assemblé sans colle. Les feuilles sont préalablement percées à l’aide d’un poinçon et le livre est ensuite cousu au fil apparent.

TRANCHEFILE

Il s’agit d’une petite décoration brodée que l’on trouve en tête et pied des livres cartonnés. Sa fonction est de cacher les petits défauts du bloc et de dissimuler une partie disgracieuse de la couverture.

En chiffres

2011 – L’année de création de dlignes arts graphiques Sàrl, à Vevey, suite à la reprise de la reliure de Monsieur Boulenaz, une entreprise familiale quasi centenaire.
50 – Le nombre moyen d’opérations nécessaires pour créer un livre cartonné.
2 – Le nombre de tonnes de papier transformées chaque année.
400 – Les différentes matières disponibles à l’atelier pour réaliser tous les types de créations.
4 – Le nombre d’années d’apprentissage pour devenir relieur/se, en formation duale, avec des cours à l’ERACOM.